mercredi 3 janvier 2018

A vendre, un inédit de Modiano

Page de titre du scénario de L'Instinct de mort

Voici une rareté, un texte inédit cosigné de deux auteurs que tout pouvait paraître opposer : Michel Audiard et Patrick Modiano. A la fin des années 1970, les deux hommes ont rédigé ensemble, avec l'aide de Philippe Labro, le scénario d'un film sur le gangster Jacques Mesrine, inspiré de son autobiographie L'Instinct de mort (Lattès, 1977). Le film, conçu pour Jean-Paul Belmondo et à sa demande, n'a jamais vu le jour.


De cette étonnante aventure, subsistent une suite dialoguée de 84 pages, et un découpage technique de 146 pages assorti de quelques corrections de la main de Michel Audiard. 

Ces deux documents ont été vendus aux enchères en 2016, bien après la mort de Michel Audiard (1920-1985), en même temps que de nombreux autres souvenirs du fameux dialoguiste, dont un exemplaire de Rue des boutiques obscures et un autre de Livret de famille que lui avait dédicacés Patrick Modiano

Ils sont de nouveau aujourd'hui mis en vente par Guillaume Daban et la librairie Lardanchet. 

Grand bibliophile, Guillaume Daban a constitué pendant dix ans sa "bibliothèque idéale" en littérature française contemporaine. Il a ainsi réuni des exemplaires rares - grands papiers, ou enrichis d'un envoi autographe - d'une cinquantaine de titres majeurs. On trouve dans cette bibliothèque de rêve devenue réalité un tirage de tête de La Vie mode d'emploi de Georges Perec, un exemplaire de L'Usage du Monde dédicacé par Nicolas Bouvier, un des 15 premiers exemplaires des Mots de Jean-Paul Sartre, etc. 

Patrick Modiano est doublement représenté dans ce magnifique et passionnant catalogue, préfacé par Jean Echenoz. 

Une édition originale d'Un Pedigree, dédicacée à Julien Gracq ("Pour Julien Gracq, avec toute mon amitié, Patrick Modiano"), est proposée à 2800 euros. 

Et un lot provenant de la bibliothèque de Michel Audiard associe une édition originale de L'Instinct de mort, le scénario d'Audiard et Modiano, le découpage technique, ainsi que la copie d'une lettre tapuscrite de Jacques Mesrine à Jean-Paul Belmondo datée du 20 janvier 1978. Prix de cette rareté : 3500 euros.

mercredi 20 décembre 2017

Vingt minutes de discussion à propos de Modiano


Vingt minutes de discussion avec Anne-Marie Baron et Jonathan Siksou à propos de Patrick Modiano, le 20 décembre sur RCJ, à l'occasion de la sortie de Souvenirs dormants et de Nos débuts dans la vie

dimanche 10 décembre 2017

Patrick Modiano, nouveau "contemporain capital"



Vous rappelez-vous ce numéro historique d’« Apostrophes » ? Ce vendredi soir de janvier 1980, Bernard Pivot présente à Romain Gary un jeune invité surprise : Patrick Modiano. Gary dit son plaisir de rencontrer le « Saint-John Perse du roman », dont il apprécie les livres. « Et Modiano, demande Pivot, vous êtes lecteur de Gary ? » L’auteur de Rue des Boutiques obscures (Prix Goncourt 1978) modianise : « Oui, bien sûr, quand on le lit on est un peu comme, on ne sait pas très bien, et puis après, disons que, surtout quand ça nous rappelle, non, parce que les livres, enfin, c’est une sorte de, et alors c’est un peu comme si, enfin, tout cela est, comment dire, bizarre. »

Savoureux tête-à-tête entre deux écrivains aujourd’hui considérés comme des monuments. François-Henri Désérable le rapporte avec précision dans Un certain M. Piekielny (Gallimard, 2017), son excellente enquête sur les traces de Gary et d’un de ses plus attachants personnages. Après sa parution, en août, plusieurs lecteurs lui ont confié combien cet « Apostrophes » avait laissé en eux un souvenir puissant. D’autres lui ont demandé où l’on pouvait visionner cette archive exceptionnelle. 

Déception : le face-à-face n’a jamais eu lieu. « Je n’en ai pas eu l’idée et c’est l’un de mes regrets les plus vifs. Une faute professionnelle ! », a reconnu Bernard Pivot, bon joueur, dans Le Journal du dimanche. Bonheur : cette émission de rêve, Désérable l’a créée de façon époustouflante, bien qu’il soit trop jeune pour avoir jamais suivi « Apostrophes » en direct.

En 1924, l’écrivain André Rouveyre avait hissé André Gide au rang de « contemporain capital ». Depuis, le titre a été attribué à bien des auteurs, dont André Malraux ou Georges Perec. Il pourrait à présent être appliqué avec justesse à Patrick Modiano, tant l’auteur de La Place de l’Etoile (Gallimard, 1968) est devenu une référence majeure pour les écrivains d’aujourd’hui. Un phénomène particulièrement net dans les livres sortis ces derniers mois.


Longtemps, Modiano a été considéré comme un auteur facile, un peu enfermé dans son obsession pour l’Occupation et les collabos. L’Université française le regardait de haut, et les premiers travaux solides sur son œuvre sont surtout venus de chercheurs anglo-saxons. La publication de Dora Bruder (Gallimard, 1997) et le retentissement de cette enquête sur une jeune fille inconnue assassinée à Auschwitz, puis le choc de son atypique autobiographie Un pedigree (Gallimard, 2005), ont changé la donne. Peu à peu, cet écrivain si à part a été pris au sérieux. Un mouvement consacré en 2014 par le prix Nobel de littérature.

Désormais, Modiano figure logiquement dans les ouvrages d’histoire littéraire, comme la monumentale biographie d’Emmanuel Berl dans laquelle Olivier Philipponnat et Patrick Lienhardt détaillent la relation entre le vieil historien apparenté à Proust et l’écrivain débutant qui vient l’interroger dans son appartement du Palais-Royal (Emmanuel Berl. Cavalier seul, Vuibert, « Biographie », 498 p., 27 €). Il est également évoqué dans la biographie de Frede, cette étonnante lesbienne qu'il a croisée alors qu'il était enfant, et dont il a fait un personnage marquant de Remise de peine. 

Mais Modiano est aussi choisi comme figure tutélaire par de nombreux auteurs partis sur les traces d’une silhouette difficile à saisir. Marie Van Goethem, le modèle de Degas, « était devenue ma Dora Bruder », écrit Camille Laurens dans La Petite Danseuse de quatorze ans (Stock). « La lecture de Patrick Modiano m’accompagnait, ses phrases sues par cœur », ajoute-t-elle. Marie Charrel cite également Dora Bruder en exergue de sa très belle enquête sur la peintre Yo Laur (Je suis ici pour vaincre la nuit, Fleuve). 

François-Henri Désérable ne dit pas autre chose : « Modiano fait partie de ces quelques écrivains qui figurent dans mon panthéon personnel, confie-t-il. Au départ, j’ai voulu faire avec Piekielny ce qu’il a fait avec Dora Bruder : sortir son nom de l’oubli. Dora Bruder est donc en quelque sorte l’hypotexte d’Un certain M. Piekielny. »

Sous la plume de Désérable et de quelques autres, Patrick Modiano devient à présent lui-même un personnage de roman, reconnaissable à son grand corps, ses promenades dans Paris, sa parole hésitante, ses silences. Dans Taba-Taba (Seuil), Patrick Deville dépeint son apparition soudaine rue de Rennes, comme une hallucination : « Il traversait la rue, vêtu d’un long manteau marron, si grand qu’une femme qui l’accompagnait semblait très petite à son côté. J’entendais ses souliers ferrés sur le trottoir.» 

Il se trouve aussi au centre du Déjeuner des barricades, de Pauline Dreyfus (Grasset, 234 p., 19 €), récit de l’épique journée de mai 1968 durant laquelle le jeune prodige reçoit son premier prix littéraire dans un hôtel de luxe paralysé par la grève générale. 


C’est encore lui que la dessinatrice Catherine Meurisse croque dans le recueil Franceinfo : 30 ans d’actualité (Futuropolis, 328 p., 29 €). Acclamé telle une star par une foule en liesse rassemblée sur les Champs-Elysées à l’occasion du Nobel, il balbutie : « Heu… Oui… Eh bien… C’est-à-dire que… »

L’étape suivante se dessine déjà. Grâce au Nobel, l’aura de Modiano a commencé à dépasser la France. José Carlos Llop, le « Modiano espagnol », parle longuement de « son vaste catalogue de pertes, disparitions et faux passeports » dans Reyes de Alejandría (Alfaguara). L’Australien Barry Jones lui consacre plusieurs pages de The Shock of Recognition (Allen & Unwin). Quant à la très littéraire chanteuse américaine Patti Smith, qui représentait Bob Dylan à Stockholm pour la remise du Nobel de ce dernier, en 2016, elle décrit dans Devotion (Yale University Press) un Modiano capable de traverser tout Paris à la recherche d’un escalier perdu. Modianesque à souhait.

Denis Cosnard

Une première version de cet article est parue sur le site du Monde le 25 octobre 2017.

jeudi 26 octobre 2017

Un roman, une pièce de théâtre : Modiano en majesté



Trois ans après son Nobel de littérature, Patrick Modiano est de retour avec la publication simultanée, jeudi 26 octobre, de deux livres : un roman, Souvenirs dormants, et une pièce de théâtre, souvent drôle, Nos débuts dans la vie (Gallimard). Les deux textes partagent le même personnage central, un jeune homme appelé Jean (le premier prénom de Patrick Modiano), et l'un peut se lire comme un prolongement de l'autre.

A lire : "Trois ans après son Nobel, Modiano revient en rêveur éveillé" (AFP)

A l'occasion de cette double publication, Patrick Modiano a accordé plusieurs entretiens :

-"Heureusement, Internet ne peut répondre à toutes les questions" (Bulletin Gallimard)
-La Grande librairie (entretien en direct avec François Busnel, France 5)
-"Modiano, les présents et les absents" (Marie-Laure Delorme, Le JDD)


Les deux livres ont également donné lieu à de nombreuses critiques, centrées le plus souvent sur le roman Souvenirs dormants

Plus globalement, cette double publication est l'occasion de souligner à quel point Modiano, longtemps considéré comme un auteur très à part et dédaigné par l'université, est devenu un écrivain clé, une figure tutélaire pour de nombreux auteurs : 

dimanche 17 septembre 2017

Les chansons de Modiano reprises par The Chanteuse


C'est un pan méconnu de l'oeuvre de Patrick Modiano. Durant les années 1965-1970, le futur prix Nobel a écrit les paroles de plusieurs dizaines de chansons, dont une seule a vraiment connu le succès, grâce à Françoise Hardy : Etonnez-moi Benoît. 

Une jeune chanteuse anglaise, Lucy Hope alias The Chanteuse, a décidé de faire redécouvrir ce patrimoine oublié. Elle publie le 6 octobre 2017 un album de huit titres intitulé The Chanteuse sings Modiano. Le concert de lancement est prévu le 13 octobre à Salford, près de Manchester.

Les premiers titres, déjà disponibles, sont Les Oiseaux reviennent, qui avait été créé par Henri Séroka et dont Modiano parle dans Livret de famille, et L'Aspire-à-cœur, interprété initialement par Régine. Sur son album, The Chanteuse reprend également San Salvador, Les Escaliers, A Cloche-pied sur la grande muraille de Chine, Je fais des puzzles, La Complainte de Roland Garros, ainsi que Etonnez-moi Benoît.


Originaire de Manchester, Lucy Hope a écrit un mémoire de fin d’études à Oxford sur Patrick Modiano. Elle s'est lancée dans la chanson, notamment au sein du groupe de rock psychédélique The House of Glass, et s'est peu à peu spécialisée dans la chanson française, en interprétant Jacques Brel, Edith Piaf, Georges Brassens ou encore Barbara. 

"L’album a été enregistré à Londres au studio Toe Rag et est produit par Dimitri Tikovoï (Marianne Faithfull, Placebo), précise la maison de disque. De nombreux arrangements ont été écrits par Jean-Claude Vannier, légendaire compositeur français et collaborateur de longue date de Gainsbourg, et les cordes, qui constituent le cœur de l’œuvre, ont été retravaillées et transcrites par la musicienne Fiona Brice (John Grant, Anna Calvi …)."